Gabriel comprit d’un coup pourquoi ces studios portaient un nom si extravagant : Izmir Voice… Certes, il avait saisi depuis longtemps qu’il s’agissait d’un laborieux calembour parodiant à la mamelouk le fameux His Master’s Voice. Mais quel en était le prétexte ? Cela devenait évident à présent qu’il se trouvait sur les lieux, dans cette rue paisible en marge de Notting Hill, non loin de St Mary of the Angels. Une proximité éloquente pour l’archange d’Islington, promesse d’une journée fructueuse.

Gabriel le découvrit non sans amusement : les Izmir Voice Studios occupaient en fait un bâtiment orientalisant anciennement dédié à des bains turcs. C’était sous ces arcades ottomanes que Pete Ward avait consenti à le recevoir. « Pas plus d’une heure ! », avait prévenu la secrétaire du célèbre producteur : le Grand Manitou des manettes était en pleine session d’enregistrement. Il ne pouvait cependant décemment pas refuser une entrevue à un aussi éminent spécialiste que Vernon Gabriel. Ce genre de rencontre était indispensable à l’entretien de son prestige.

Juste avant d’entrer dans les studios, le musicologue ressentit une forme de tournis. Il se demanda un instant s’il était encore vraiment lui-même. Que faisait-il donc là, à quadriller Londres en tous sens, lui le tranquille négociant en guitares qu’on ne voyait guère d’ordinaire délaisser sa boutique ? Depuis que Serena Di Sante était venue lui acheter Key, sa vie avait pris un tour inattendu. Voilà que la résolution du mystère posé par la disparition des membres de Dark Theatre éclipsait à présent ses préoccupations habituelles. Il lui tardait d’apprendre le fin mot de cette histoire comme si son avenir en dépendait. Une urgence qu’il savourait au lieu de la subir : somme toute, il goûtait cette forme d’investigation directe qui le changeait des recherches plus qu’érudites menées auparavant pour ses différents livres. Qu’il se retrouve ainsi atteint par la fièvre de l’enquêteur l’amusait même beaucoup. Pourquoi dans ce cas renoncer à un jeu si plaisant ?

Au-delà d’un hall d’accueil qui, avec ses faïences et ses voûtes des Mille et une Nuits, ne pouvait cacher l’ancienne destination balnéaire de l’endroit, Gabriel retrouva vite l’habituelle atmosphère de caisson de tous les studios du monde. On le mena à Peter Ward, qui l’attendait dans une cabine de sonorisation sans surprises, bondée d’appareils électroniques clignotant de bon cœur. L’illustre producteur était attablé à sa console comme un joueur de roulette à une partie sans risques, penché sur ses curseurs et ses potentiomètres, lorgnant du coin de l’œil ses multiples écrans. Il accueillit son visiteur avec une bonhomie bien dosée, lui manifestant en même temps les signes d’un évident respect et ceux d’une supériorité innée.

C’était un gaillard déjà fort arrondi par l’âge, la crinière grisonnante ramenée en queue-de-cheval. Il portait sous un costume noir de bonne coupe un de ses légendaires tee-shirts à rayures verticales qui lui avaient valu le surnom sans équivoque de Warder de la part des rockers qu’il dirigeait d’une poigne de fer. Il était pourtant plus affable que le commun des gardiens de prison. Sa moustache hors de mode, façon Beatles Late Sixties, adoucissait une mine qu’un inflexible regard argenté aurait pu rendre sévère.

Un mémorable fiasco

Alors que tous deux liaient connaissance, Gabriel observa du coin de l’œil une scène ahurissante qui se déroulait de l’autre côté de la vitre, dans le studio lui-même. Un énergumène enturbanné, plus Pakistanais que nature, venait de surgir, portant un plateau chargé de plusieurs pintes de bière ambrée, de la bitter probablement. Il se dirigea vers le piano demi-queue qui trônait, capot ouvert, au milieu de la pièce, et, d’un geste totalement imprévisible, se mit en devoir de verser à l’intérieur, sur la table d’harmonie, le contenu de ses chopes.

« Ne prenez pas cet air outragé ! s’esclaffa Ward. Je sais quel respect de l’instrument est le vôtre. Rassurez-vous : ce piano de récupération est uniquement destiné à cet usage. Je n’oserais jamais baptiser à la stout un vénérable Bösendorfer.

— Vous réinventez le piano bar ? » plaisanta à mi-voix Gabriel, sidéré, tandis que de l’autre côté se poursuivait le singulier arrosage.

Peter Ward lui expliqua que ce procédé, aussi empirique qu’irrévérencieux, permettait d’arrondir la sonorité de l’instrument, de l’étoffer, de lui conférer une texture plus canaille, qu’il appelait de fait un pub sound, mieux en accord avec les épaisseurs prolétaires du rock. Pour ne pas compromettre cette rusticité volontaire, il s’abstenait de recourir ensuite aux réverbérations et chambres d’écho électroniques : le son de l’instrument était envoyé dans une sorte de cellule bétonnée où il était capté avec une résonance compressée du meilleur aloi. Ward avait appris cette astuce dans le studio de joyeux bricoleurs patentés où il avait débuté comme assistant preneur de son. On y trouvait judicieux d’utiliser l’espace confiné des toilettes comme une chambre d’écho naturelle…

« Que puis-je pour vous, monsieur Gabriel ? s’enquit le producteur. Mon assistante m’a informée que vous prépariez un bouquin sur Dark Theatre. Pas le meilleur souvenir de ma carrière, c’est certain.

— Je souhaiterais savoir ce qu’il s’est passé lors des sessions de Stockholm. Ce séjour paraît avoir précipité la fin du groupe.

— Un mémorable fiasco. Je vous avouerais que je n’ai pas tout compris à ce qui s’est passé là-bas. »

En dépit du caractère ulcérant de ce raté, une véritable tache sur son blason, Warder ne se fit pas trop prier pour renseigner Gabriel sur les événements survenus lors de cet enregistrement avorté. Jusqu’à ce que Spade Records le sollicite pour prendre en charge le septième album du groupe, Ward ne s’était jamais hasardé à produire ce genre de musique : mélanger du heavy metal bien plombé avec les chamarrures d’un rock progressif sophistiqué lui semblait un cocktail aussi instable que détonant. Il accepta l’offre comme un challenge : relever un défi de ce genre ne pouvait que rehausser sa réputation.

À cette époque, Ward était un adepte fervent de la délocalisation. Il aimait entraîner les groupes dans les studios les plus éloignés de leurs bases, de préférence dans des îles, Baléares, Bahamas, Guernesey, afin de les forcer à rompre avec leur routine et les soustraire à l’influence de leurs intimes. Qu’ils n’aient que leur musique sur quoi se concentrer : ils donneraient ainsi le meilleur d’eux-mêmes.

Suivant la pente d’une nostalgie de jeunesse qui l’attachait aux tubes platinés d’Abba, il avait opté cette fois pour les anciens Polar Studios. Il apprit seulement dans le vol SAS pour Stockholm que Dark Theatre, casanier au possible, avait toujours enregistré à Londres. Il se réjouit dès lors de lui imposer un tel dépaysement, alors qu’il aurait dû le redouter s’il avait mieux connu ces garçons.

Pete Ward ne tarda pas à éprouver quelques doutes quant à la justesse de son choix lorsqu’aux premiers jours passés en Suède, sous une neige précoce, il perçut le flottement qui affectait les membres du groupe. L’éloignement paraissait les anesthésier. Le caractère dictatorial de Ward s’en accommoda cependant tout à fait : des musiciens déracinés, étourdis de se trouver livrés à eux-mêmes, n’en accepteraient que mieux ses directives. Ils n’avaient que lui à qui se remettre.

Très vite cependant il réalisa que sa collaboration avec Dark Theatre risquait fort de s’avérer stérile. Il existait en effet une totale incompatibilité entre sa façon d’œuvrer et le modus vivendi du groupe.

« J’avoue être très directif, voire tyrannique. » confessa Ward sans le moindre embarras.

Selon lui, l’enregistrement d’un disque était une chose trop sérieuse pour être abandonnée à l’initiative des musiciens. Si on les laissait faire, on sombrait vite dans l’autosatisfaction ou la simple anarchie. Pour qu’ils révèlent la meilleure part d’eux-mêmes, il était nécessaire, et même vital, de les tarabuster. Il n’y avait pas à ses yeux de différence substantielle entre le rôle d’un réalisateur de film et le sien : il fallait diriger, voilà tout.

C’était un contrat que la plupart des groupes acceptaient tacitement : s’ils ne se sentaient pas en mesure d’assumer les exigences de l’autoproduction, ils devaient se soumettre à celui qui était chargé de les mener dans la bonne direction. Seulement, Ward avait vite compris que Dark Theatre n’était pas du genre à se plier aux directives d’autrui. La musique proposée par Di Sante était peaufinée à l’extrême, réglée dans les moindres détails : un plan de bataille qui excluait toute ingérence extérieure.

« Même ses solos étaient écrits à la syncope près ! Il n’était pas du genre à admettre mon travail au ciseau.

— Au ciseau ? s’étonna Gabriel. »

Non sans complaisance, Ward lui expliqua sa méthode. Il obligeait le soliste à enregistrer une bonne quinzaine de versions de son intervention. Il ne cessait pour cela de le harceler, de le pousser dans ses retranchements, de le remettre en cause au point de nier son talent, et ce afin de contrecarrer le nombrilisme inné que manifestent tant de virtuoses. Persuadé que le one take miracle n’existait pas, il exigeait que la prise d’un jour soit refaite le lendemain, puis quelques jours plus tard. Il s’enfermait ensuite seul dans sa cabine et assemblait le solo à sa guise en prélevant quelques secondes ici, trois notes bien enfilées ailleurs, usant d’une technique analogue à celle des monteurs de cinéma. Il évoquait ce patchwork avec une fierté d’alchimiste : de savants mélanges visant à la quintessence.

« J’obtiens ainsi le solo idéal, conclut-il avec un sourire d’empereur.

— Mais un solo que le musicien n’a jamais réellement joué, et qu’il sera incapable de reproduire, le contra Gabriel.

— Donne-t-on jamais spontanément le meilleur de soi-même ? Il faut bien que quelqu’un d’autre vous en fasse accoucher. Le plus beau bébé du monde a besoin d’un obstétricien, non ?

— Si j’en crois ce que j’ai entendu dire ici et là, l’enfantement suédois a pourtant tourné à l’avortement.

— Exact. Nous ne pouvions nous entendre, ce fut évident pour moi au bout d’une semaine de travail. Les choses se mirent alors à traîner en longueur. Chacun faisait un embarras de rien et je reconnais que si je chipotais sur tout, j’étais loin d’être le seul à rechigner. Dans ces conditions, il allait nous falloir des mois pour arriver au terme, si nous y parvenions… Je me suis alors demandé pourquoi Spade Records avait eu l’idée saugrenue de me confier ses poulains, sachant que c’étaient des esprits rétifs peu aptes à accepter mes méthodes de dressage. »

Saisi par le doute, se demandant s’il devait persister dans une collaboration qu’il sentait vouée au désastre, Ward avait téléphoné à Dick Beresford, le patron de Spade, pour l’informer de ses difficultés et tenter de comprendre la stratégie paradoxale de la maison de disques. Beresford l’informa qu’il n’était pour rien dans le choix de Warder comme producteur. En fait, Spade Records, au départ structure indépendante, s’était laissée acheter par une grosse compagnie multinationale afin de s’offrir les moyens d’ambitions supérieures. Ward devait apprendre bien plus tard que le trust avait en fait effectué la prise de contrôle du label au profit d’un fonds d’investissement moins connu qui s’était assuré la majorité des parts. C’était cette société spéculative qui avait ensuite dicté indirectement la politique à suivre par Spade, et notamment imposé le choix prestigieux de Ward. Beresford, pieds et poings liés face à son actionnaire majoritaire, avait capitulé tout en restant convaincu que cette décision mènerait à une impasse.

« Et puis, ajouta Ward, pour ne rien arranger, il y a eu ce Marco, ou Marcus, je ne me rappelle plus trop son nom.

— Marco ? s’étonna Gabriel, qui entendait pour la première fois évoquer ce personnage. Qui est-ce ? Que vient-il faire dans cette histoire ?

— C’était un Néerlandais frais débarqué à Londres, imposé à Spade Records comme chef de produit par ce fameux groupe financier souterrain. Un jeune intrigant diplômé des meilleures écoles, atterri là sans la moindre connaissance du milieu musical, persuadé que tout se vendait de la même façon, paquets de corn-flakes ou groupes de rock. C’était lui qui était chargé désormais des destinées de Dark Theatre. Sous prétexte de contenir ces messieurs dans les limites du budget prévu, ce fichu blondin nous avait accompagnés à Stockholm. Et c’est lui qui fut à mon avis le principal fauteur de zizanie. »

Une pure séquence de démence

Tandis qu’il organisait tant bien que mal les premières séances d’enregistrement, Ward avait surpris quelques apartés troublants entre ce Marco Quelque Chose et les différents membres du groupe. Il était évident que ce sournois tentait de les monter les uns contre les autres. Il faisait ainsi miroiter à Phil Deschanel les fastes d’une carrière solo qui lui rendrait enfin justice. N’avait-il pas trop longtemps accepté de laisser son talent éclipsé par la personnalité dominante de Di Sante ? Le jeune cadre s’y entendait à flatter l’ego du chanteur et lui promettre une ascension irrésistible. De la même façon, il exacerbait la frustration musicale de Steve Vandevelde, l’assurant que son rôle restreint d’arrangeur pour claviers faisait injure à ses dispositions naturelles, qu’il possédait l’étoffe d’un véritable compositeur, que la main mise de Di Sante sur l’élaboration des morceaux du groupe l’empêchait de s’épanouir. Ce serpent à la langue aussi effilée que la barbiche s’étonnait aussi que Chris Sledziewski et Dave Krieger admettent si facilement d’être sans cesse rabaissés par le guitariste et leader du groupe au rang d’ouvriers subalternes, pour ne pas dire de tâcherons.

« En fait, conclut Pete Ward, tout se passait comme si ce poison essayait de provoquer délibérément la séparation du groupe dont il était chargé.

— Ce qui s’est effectivement produit.

— Et figurez-vous que juste après le split, ce Marco, Marcus, je ne sais quoi, a purement et simplement disparu de la circulation. Il a quitté Spade du jour au lendemain et Beresford, qui a cherché à savoir où ce freluquet était passé, n’a pu retrouver sa trace. C’était à croire que sa seule mission était de désolidariser le groupe, et qu’il avait presto quitté la scène une fois son mauvais ouvrage accompli. Bizarre, non ?

— Comme vous dites. Et donc, si je vous suis bien, ce n’est pas l’exil forcé dans les rigueurs de l’hiver suédois, ni vos difficultés de cohabitation, ni des dissensions musicales qui sont à l’origine de la dissolution, mais bien ce malfaisant personnage.

— En grande partie. Mais pas totalement. Il s’est produit autre chose, que je ne me suis jamais réellement expliqué. Une pure séquence de démence. »

Au midi où débuta cette journée de toutes les folies, le groupe s’était réuni dans le studio de maquettes pour répéter un morceau que Di Sante venait juste d’achever. Aucun magnétophone ne tournait, la chanson manquant encore de mise au point. Ward se rappelait qu’à cette occasion, Di Sante avait sorti de son étui une nouvelle guitare absolument fabuleuse : une fretless à neuf cordes conçue selon ses plans par un luthier florentin. L’absence de barrettes sur le manche permettait au guitariste de jouer sur des quarts de ton et des fractions d’intervalles seulement accessibles d’ordinaire sur un violon ou un trombone. Il ambitionnait d’obtenir ainsi des harmonies inédites, aux limites de la dissonance. Plus que jamais, les élucubrations musicales de Dark Theatre s’annonçaient périlleuses.

Pendant que le groupe s’attelait à ce nouvel opus, crucial selon Di Sante, le cœur même du concept de l’album qu’il avait composé, Ward vaqua à quelques mixages préliminaires. Quand les garçons réapparurent, les traits tirés, les yeux en braises, leur producteur trouva qu’ils n’avaient plus l’air d’être tout à fait eux-mêmes, ce que confirmèrent les événements survenus dans les heures qui suivirent. Tout allait se dérouler comme si chacun des membres du groupe avait perdu la tête.

Di Sante demeura au studio jusqu’à minuit, prostré au fond d’un canapé, marmonnant en italien on ne savait trop quoi.

Deschanel disparut toute la nuit. Personne ne le vit à son hôtel. Des fans autochtones le découvrirent au petit matin, totalement hébété, à l’est de Skansen, là où le poète Bellman venait rêvasser face aux eaux du Djurgårsbrunnsviken. Sur le moment, Ward ne garantit pas l’exactitude des noms suédois qu’il citait en les égratignant, trop vikings pour être bien retenus. Gabriel se chargea de les rectifier par la suite. Le chanteur de Dark Theatre était incapable d’expliquer comment il avait atterri dans cet endroit isolé ni de se rappeler à quoi il avait employé les heures précédentes. Il ne s’en souviendrait jamais.

Dave Krieger fut ramené à son hôtel le lendemain matin par une voiture de la Polis. On l’avait surpris en train de tenter à mains nues l’escalade de la face Nord de la tour du Stadshuset, l’hôtel de ville local. On l’avait supposé pris de boisson – ce qui n’était que prévisible, le gaillard écumant depuis son arrivée la plupart des bars de la capitale afin d’adopter pleinement l’usage indigène de la bière blonde arrosée d’aquavit. On le colla en cellule de dégrisement, avant de s’apercevoir que, curieusement, il était à jeun, et qu’il avait entrepris sa varappe nocturne en toute connaissance de cause. Ou presque : il ne se rappelait rien de sa tentative d’alpinisme urbain.

De son côté, Chris Sledziewski, pourtant sagement rentré à l’hôtel, allait terroriser l’employée du room service. Alors que celle-ci lui apportait une collation tardive, elle le découvrit dans sa chambre en train de se taillader les avant-bras avec une lame de rasoir. Le batteur du groupe avait entrepris de tracer sur son épiderme des séries de chiffres sans logique apparente. Ce n’étaient en tout cas pas ses records de vitesse à Brands Hatch. Lui-même se trouva par la suite dans l’incapacité d’en expliquer la signification. Les blessures étaient bénignes, ne réclamant guère une hospitalisation, mais ces scarifications numériques n’en étaient pas moins spectaculaires.

Le lendemain matin, au studio, l’assistant de Ward constata que l’enregistrement du seul morceau complet mis en boîte à ce jour avait été effacé. L’examen de la vidéosurveillance de la cabine révéla que c’était Steve Vandevelde en personne qui s’était livré à ce sabotage. Celui-ci nia, prétextant une amnésie comparable à celle de Deschanel à Bellmanro, mais le mal était fait. Di Sante s’emporta contre cet outrage, jugeant la faute inadmissible. Les autres reprirent sa colère au bond, les fêlures ouvertes par Marcus/Marco se firent béantes, et cette journée de folie se termina par une querelle d’une violence inouïe.

« J’ai compris aussitôt que le groupe ne s’en remettrait pas, se désola Ward, rétrospectivement. De fait, ils se sont séparés dès le lendemain. Les garçons n’étant pas d’humeur à se laisser questionner, je n’ai pu obtenir d’eux la moindre explication sensée et me demande toujours ce qui les a plongés dans un pareil égarement.

— Juste afin de mettre un nom sur cette chanson fatale, intervint Gabriel, vous rappelez-vous comment s’appelait le morceau sur lequel ils ont travaillé ce jour-là ?

— C’était le titre éponyme de l’album : L’Arpeggio Oscuro. »

Dans l’épisode suivant

La suite de ses investigations va confirmer à Vernon Gabriel la troublante similitude présentée par les décès qui ont suivi cette séparation, comme vous le découvrirez dès le prochain épisode : Le rideau rouge.

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Ce qu’il convient de savoir…

Un témoin privilégié sera peut-être en mesure d’apprendre au musicologue Vernon Gabriel dans quelles circonstances exactes s’est séparé en Suède le groupe Dark Theatre, dont tous les membres sont décédés par la suite, du fait d’un individu aux motifs aussi opaques que ses agissements.

Pour en savoir plus

- sur His Master’s Voice

Petit lexique à l’usage des anglicistes timides

- His Master’s Voice : La Voix de son Maître
- warder : gardien de prison
- Late Sixties : de la fin des années Soixante
- bitter : sorte de bière un peu aigre
- pub sound : sonorité de bastringue
- one take miracle : le miracle de la prise de son unique (quand le premier enregistrement est le bon)
- fretless : désigne un manche de guitare dépourvu des barrettes qui délimitent ordinairement l’emplacement de chaque note