Alors que les synthés narcotiques de Tangerine Dream ne délivraient plus que des soupirs, un bruit différent provenant du dehors fit dresser l’oreille à Vernon Gabriel. Il connaissait les moindres craquements que rendait son house-boat et son oreille exercée en identifiait l’origine aussi aisément qu’elle distinguait une Dean d’une Jackson. La passerelle donnant accès au quai venait de gémir sous le pas d’un visiteur nocturne. Gabriel s’attendait à entendre celui-ci prendre pied sur le pont de l’embarcation, mais aucun grincement de planches ne le signala. Celui qui sans s’en rendre compte avait trahi sa présence s’était arrêté dans son mouvement. Hésitait-il ? Ou était-ce justement le bruit malencontreusement provoqué qui l’avait stoppé, comme s’il désirait à tout prix se glisser sur le Salty Dog à l’insu du capitaine ?

Gabriel éprouva un furtif pincement au cœur. N’était-ce pas le responsable de l’élimination des Dee Tees qui se manifestait en catimini ? Les récentes démarches du Camden cow-boy avaient peut-être attiré sur lui l’attention de cet esprit trop malveillant pour n’être pas vigilant. Un excès de curiosité qu’on souhaitait dès lors lui faire payer.

Profitant de l’obscurité dans laquelle les stores baissés et les lampes éteintes tenaient l’intérieur du rouf, Gabriel se leva sans que son ombre en mouvement trahît ses déplacements. Il entrouvrit la porte de la cabine et jeta un œil à l’extérieur, en direction de la passerelle. Les ténèbres tenaient le quai, empêchant d’y voir. Le lampadaire le plus proche ne projetait autour de lui que les contours des arbres, épaississant l’obscurité au lieu de la repousser. L’intrus pouvait se dissimuler n’importe où.

Ses yeux parvenant toutefois à s’accommoder au manque de clarté, Vernon Gabriel finit par discerner une vague silhouette, une infime forme grise blottie dans un pan de nuit. Il y avait quelque chose de presque spectral dans cette pâle présence.

« Loup, y es-tu ? » lança-t-il d’une voix espiègle qui sonna faux à ses oreilles. La dérision ne suffisait pas à masquer son appréhension.

Son interpellation, pour dérisoire qu’elle fût, invita pourtant son fantôme à quitter l’abri des ténèbres. Gabriel reconnut cette chevelure d’un blond livide, ce visage laiteux, l’eau claire de ce regard. Sonia Kristensen Di Sante s’avançait vers lui, d’un pas incertain, comme freinée par une ultime hésitation.

« Bienvenue à bord ! » la salua Gabriel, d’un coup rasséréné.

Il la précéda à l’intérieur et fit pleine lumière pour l’accueillir. Sa visiteuse paraissait assez gênée, se contentant de politesses convenues. Elle s’assit sans même ôter son loden brun, puis, se ravisant, se redressa et se défit de son manteau. Loin de se complaire dans le noir du deuil, elle portait une robe de mohair blanc, certes à col roulé, mais plus courte que courte, ce qui rendit justice à ses cuisses et au-delà lorsqu’elle reprit place dans le sofa. Ses traits étaient beaucoup moins tirés que lors de leur précédente et unique rencontre, ce qui la rajeunissait passablement. Gabriel évalua qu’ils devaient avoir tous les deux à peu près le même âge, et l’estima beaucoup moins fanée qu’il ne se l’était d’abord figurée.

Escamotant prestement sa pinte vide, il offrit à Sonia Kristensen un Darjeeling plus en accord avec les six heures quinze qu’affichait la pendule de cuivre. La blême Danoise y trempa les lèvres plus longtemps qu’il n’était d’usage, sans boire vraiment pour autant, comme si elle s’accordait un délai avant de révéler le motif de sa visite impromptue.

« Alors, se décida-t-elle, avez-vous avancé dans vos recherches ? »

Elle parlait de la même voix éraillée qu’au jour gris des obsèques, crevassée de fêlures, mais non dénuée de charme.

« Plus ou moins, reconnut Gabriel. Je ne cesse de balancer entre certitude et indécision. En ce qui me concerne, il ne fait plus aucun doute que le même individu s’en est pris aux cinq membres du groupe en répétant le modus operandi dont vous avez fait les frais à l’Ermitage. Toutefois, je ne parviens pas à établir s’il a seulement exacerbé le mal d’être d’Adrian et ses comparses pour les pousser à en finir ou s’il s’est chargé en personne de les exécuter en simulant des accidents prévisibles. »

Le Nashville Duke prit le temps d’exposer à son interlocutrice les circonstances dans lesquelles s’était séparé Dark Theatre, lui relatant en détails le témoignage de Warder. Il l’informa ensuite des analogies présentées par les décès des quatre autres membres du groupe, tels qu’ils étaient survenus entre le printemps 1999 et la fin 2000. Tandis que l’ancienne compagne de Di Sante l’écoutait avec une attention soutenue, lui-même s’attarda à l’examiner, et éprouva un certain malaise en trouvant dans son comportement quelque chose d’indéniablement aguicheur.

Instinctivement, sa main droite se porta sur la gemme noire de son bolo tie. Sans surprise, il eut l’impression de saisir un glaçon.

Gabriel essaya d’abord de se convaincre qu’il se berçait d’illusions, mais la façon dont Mrs Kristensen croisait et décroisait les jambes plus souvent que nécessaire, la manière dont elle laissait sa robe remonter sur ses cuisses un peu plus chaque fois, l’absence visible de soutien-gorge sous le lainage, l’insolence avec laquelle ses tétons pointaient sous la maille, tout laissait l’impression d’une tentative de séduction pour le moins explicite. Gabriel renâclait à accepter pareils clichés : la veuve affamée, les chairs échauffées par le manque, c’était trop caricatural pour être vrai. Il s’efforça donc de conserver son sang-froid, s’appliqua à soigner la clarté de son exposé. S’il le rendit aussi exhaustif que possible, il s’autorisa néanmoins une lacune volontaire : mieux valait passer sous silence l’hypothèse émise par Helen Hayward. Bien qu’il eût été irresponsable de rejeter ses accusations contre Di Sante, celles-ci étaient trop tranchantes pour ne pas blesser Sonia Kristensen : il était inutile de l’accabler davantage.

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« Si je m’en tiens à ce que vous me racontez, reprit celle-ci quand il eut achevé, je pencherais pour croire qu’on les a éliminés plutôt qu’on ne les ait seulement poussés à en finir par eux-mêmes. Leur laisser l’initiative était trop aléatoire. Il était plus sûr de les exécuter en exploitant leurs faiblesses pour maquiller le crime. J’aimerais assez faire payer tout ça au sale type qui s’en est pris à eux… Mais si j’ai bien compris, vous n’êtes guère en mesure pour le moment d’identifier le responsable, ni même de cerner ses motivations.

— Ni preuve, ni coupable, ni mobile : rien qui permette d’aller porter plainte, ou même de comprendre un peu. Je suis comme un méhariste privé de dromadaire. Peut-être êtes-vous venue ce soir m’apporter de quoi me délivrer de ma perplexité ?

— Pas vraiment. Plutôt de quoi vous distraire un peu, éventuellement. Si je me suis permis de vous relancer à domicile, c’est que j’ai à vous remettre quelque chose qui pourrait vous intéresser. »

Elle tendit la main vers l’ample sac à main qu’elle avait déposé au pied du divan, un de ces immenses fourre-tout propres à contenir les innombrables accessoires d’une vie bien remplie. Tandis qu’elle s’affairait ainsi, Gabriel fut pris d’un nouvel accès de suspicion. Si sa visiteuse avait un motif aussi précis de venir le trouver, pourquoi avait-elle hésité à ce point avant de monter à bord ? Son comportement enjôleur lui fit supposer qu’elle avait saisi le prétexte de cette commission afin d’apaiser pour un soir les élancements de ses fibres frustrées. Au dernier moment, l’inconvenance de ce désir l’avait certainement retenue, d’où ses atermoiements dans l’ombre, jusqu’au moment où l’appel de Gabriel l’avait incitée à franchir le pas.

Comme pour lui donner raison, Sonia Kristensen lui dédia le plus engageant des sourires tout en lui tendant plusieurs carnets reliés pleine peau, de moyen format, apparemment très anciens. Gabriel en ouvrit un au hasard. Il découvrit des pages manuscrites au vélin jauni, couvertes d’une écriture tarabiscotée telle qu’on en déployait jadis les pleins et les déliés.

« Vous constatez que c’est de l’italien, précisa Sonia Kristensen. Serena m’a appris que vous le parliez couramment. C’est d’ailleurs elle qui m’a recommandé de vous soumettre ces livrets : elle y a jeté un coup d’œil et m’a assuré que cela risquait fort de vous passionner.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Ce n’est pas ce que c’est qui compte, à mon avis. C’est plutôt l’endroit où était déposée cette collection de pattes de mouche. »

La Danoise se renfonça dans le sofa, exposant une fois de plus au regard affriandé de Gabriel le galbe persuasif de ses longues jambes de mannequin. Un spectacle qui toutefois décrut bien vite en intérêt, eu égard à ce que la veuve Di Sante avait à apprendre au Nashville Duke. Une dizaine de jours auparavant, l’administrateur chargé par le tribunal de régler la succession avait découvert, au cours de l’inventaire des biens, qu’Adrian possédait depuis plus de douze ans un coffre dans une banque de Guilford, ce que Sonia ignorait. La feuille d’émargement recensant les visites du détenteur était vierge : jamais Di Sante n’était venu déposer ou retirer quoi que ce fût depuis qu’il avait loué ce coffre.

On procéda à l’ouverture en présence de la veuve. Le leader de Dark Theatre n’y dissimulait ni lingots ni magot, seulement une pile de carnets anciens. Ces documents de médiocre apparence furent jugés sans intérêt ni valeur, en dépit ou à cause de leur vétusté, et confiés à sa compagne, conformément à la donation mutuelle conclue dans le contrat de mariage des époux Di Sante. L’on était dès lors en droit de se demander pourquoi Adrian avait ainsi planqué un si modeste butin pendant autant d’années, qui plus est sans jamais s’en préoccuper.

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« Il est évident, poursuivit Sonia Kristensen, que ces cahiers pourtant dépourvus de valeur marchande revêtaient à ses yeux une réelle importance.

— Qui vous dit que ces manuscrits sont à ce point dénués de prix ? objecta Gabriel, enclin par sa profession à toujours confondre ancien avec précieux.

— L’auteur en est un musicien lombard quasi inconnu, de la toute fin du XVIIIe siècle, du temps où l’Italie était passée sous la coupe du clan Bonaparte. Il n’y a rien là dedans de fondamental, ce ne sont pas les carnets secrets de Beethoven, loin s’en faut.

— Serena vous a-t-elle précisé de quoi il s’agit alors ?

— Elle s’est contentée de les feuilleter mais en a lu suffisamment pour s’en faire une idée. »

Selon la sœur de Di Sante, la moitié de ces carnets constituait apparemment le brouillon d’un traité d’harmonie. Le reste se présentait comme une sorte de journal d’artiste, la chronique quotidienne de ses activités. Serena était persuadée que son frère avait rapporté ces documents de Lombardie lors de son dernier voyage en Italie, pendant l’hiver 98, un an avant la séparation du groupe.

« Je me trouvais alors dans ma famille au Danemark et j’ignore absolument à quoi il a passé son temps là-bas, reconnut Sonia avec une mimique d’impuissance. Adrian s’est contenté d’un compte-rendu laconique, et ne m’a jamais parlé de ces papiers. À aucun moment je ne les lui ai vus en mains. Ma perspicace belle-sœur pense qu’il s’en est cependant inspiré pour échafauder ce qui devait être le septième album du groupe, celui qui est mort-né en Suède. »

Gabriel aurait dû réserver le meilleur accueil à cette information : voilà des documents qui allaient lever une partie du voile sur les projets de Di Sante à l’époque. Il en tira au contraire une raison de plus de s’interroger. Exposer ses doutes à sa visiteuse lui sembla un moyen comme un autre de tenter d’y voir clair.

« C’est étrange, bougonna-t-il. Vraiment étrange… Vous dites qu’il a réservé ce coffre il y a environ douze ans, c’est-à-dire juste après la série des décès. Comme s’il importait dès lors de retirer ces carnets de la circulation. Or votre compagnon avait envisagé de les utiliser pour bâtir son album, et donc leur donner une relative notoriété. Pourquoi a-t-il changé d’avis, mais plus de deux ans après l’abandon du projet ? S’il avait agi par dépit, il l’aurait fait tout de suite. De plus, s’il avait voulu sceller son renoncement à la musique en les mettant de côté, pourquoi ne les a-t-il pas bradés comme ses guitares ? Cela tendrait à prouver que ces écrits possédaient à ses yeux une autre valeur que musicale.

— Laquelle alors ?

— Il est troublant qu’il ait tenu à les conserver, mais en s’interdisant de les voir ou d’y toucher. Compte tenu de leur absence de prix, il n’a pu les déposer à sa banque que pour les cacher. Mieux : les oublier. Pour quelle raison ? Tout se passe comme si cette relégation résultait de la mort de ses amis. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre ces crimes et le contenu des livrets ? Qu’ils contiennent je ne sais quelle preuve, ou au moins un indice, qu’il ait voulu soustraire à toute curiosité ? Mais une preuve contre qui ? S’il détenait de quoi désigner le coupable, pourquoi ne rien divulguer ? Souhaitait-il simplement éviter qu’on ne s’en empare avant qu’il ne se décide un jour à les utiliser ? Mais pourquoi attendre si longtemps, si c’était le cas ? Il devait également savoir que le coffre serait ouvert s’il venait à décéder. Faut-il en déduire que sa mort rendrait dès lors ces précautions inutiles ? J’avoue ne pas cerner les motifs de tant de dissimulation. »

L’incompréhension manifestée par Gabriel n’était que de façade. Il venait de repenser au rêve éveillé de Serena, aux confidences évasives qu’elle prêtait à son frère : « Ils avaient partagé quelque chose qu’ils n’auraient pas dû, ils s’étaient empoisonnés avec. » Le poison en question n’était-il pas contenu dans ces pages ? Ce qui expliquerait qu’il les ait si soigneusement placées après coup hors de portée de tous, comme pour en annuler la nocivité.

Dans le même temps, Gabriel ne pouvait s’empêcher de songer à nouveau aux accusations d’Helen Hayward. Tout cela cadrait fichtrement bien avec son hypothèse : Adrian aurait dissimulé ce qui pouvait l’accuser ; son décès le mettant à l’abri des poursuites, autoriser la découverte post mortem des carnets valait dès lors pour une confession de sa part.

Par quelque bout qu’on prît le problème, la clé du mystère se trouvait nécessairement dans ces livrets que Sonia Kristensen était venue lui confier. Celle-ci était à mille lieues de soupçonner ce qui échauffait ainsi les synapses de Gabriel :

« Franchement, repartit-elle, je ne vois pas quelle inspiration Adrian serait allé chercher dans un traité musical vieux de plus deux siècles, et donc totalement dépassé.

— Oh, détrompez-vous, Mrs Kristensen. Le hard rock tel qu’il le pratiquait entretient des liens plus que solides avec la musique baroque ou la vague romantique. Quoi de plus heavy, je vous le demande, qu’un slogan comme Sturm Und Drang ? »

Gabriel s’employa sur ce à expliquer à Serena à quel point les compositions classiques, et notamment les chamarrures italiennes, avaient servi de vivier à nombre de métalleux sans vergogne. Rien n’était en réalité plus sophistiqué que cette musique de prétendus sauvages. Uli Roth et Yngwie Malmsteen s’étaient ainsi imprégnés jusqu’aux tréfonds des acrobaties sonores de Niccolo Paganini avant de lui payer ouvertement tribut. Et que dire des emprunts innombrables infligés à Vivaldi ? Gabriel n’en voulait pour preuve que le légendaire Highway Star de Deep Purple où ce sombre boudeur de Blackmore charpentait son solo en usant des schémas harmoniques avec lesquels le prêtre roux vénitien échafaudait souvent ses concertos : progression d’accords en marche d’harmonie, cellules rythmiques en doubles croches et arpèges ascendants. Eddie Van Halen ou même Randy Rhoads, le lead guitar de ce grand zèbre zinzin d’Ozzy, ne s’étaient pas privés non plus d’exploiter les trouvailles du bouillant Antonio. Tous les guitaristes de heavy metal symphonique s’étaient depuis engouffrés dans la brèche, retrouvant sur leurs Gibson survitaminées la volubilité ancienne des mandolines de Vivaldi. Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que Di Sante soit allé lui aussi puiser dans cette esquisse de manuel d’harmonie les ingrédients sonores de son futur album.

« D’après ce que m’en a dit Serena, objecta Sonia, il n’est pas question que d’inspiration musicale. Adrian aurait déniché dans les confidences de cet Italien de quoi construire une véritable histoire, une suite de péripéties suffisamment tragiques pour aguicher un amateur de Shakespeare comme lui. Le concept de l’album en aurait résulté.

— Et pourquoi votre belle-sœur n’a-t-elle pas poursuivi jusqu’au bout l’examen d’un ouvrage si palpitant ?

— Les journaux italiens pour lesquels elle travaille ne la laissent plus souffler depuis la naissance du Royal Baby. Il leur en faut toujours plus sur Kate et William, à croire que dans les contes d’aujourd’hui les petits princes anglais doivent remplacer les fées en défaillance. Elle était trop occupée pour s’atteler à la lecture de ces carnets et s’est dit que vous vous en chargeriez volontiers à sa place. »

Gabriel assura qu’il n’y manquerait pas.

« Peut-être est-il temps pour moi de vous laisser ? » déclara alors Sonia Kristensen en se levant.

Son hôte trouva plus qu’habile la forme interrogative. N’était-ce pas pour elle un moyen élégant de se faire prier de rester ? Elle attendait sans doute de sa part un « Déjà ? » désappointé, quelque chose d’obligeant comme « Allons, il est encore tôt. Je vous ressers un peu de thé ? Pourquoi ne profiterions-nous pas de l’occasion pour faire plus ample connaissance ? » Gabriel se contenta de se lever à son tour, de saisir le manteau qu’elle avait déposé sur le dossier d’une chaise et de venir se poster derrière elle pour l’aider à l’enfiler. Ainsi placé, il ne put lire ce qu’exprimait son visage : dépit, soulagement ou simple indifférence ?

Quand elle se retourna, il ne se vit offrir qu’un demi-sourire équivoque.

Il la raccompagna jusque sur le pont. Tandis qu’il la regardait descendre la passerelle, puis se glisser parmi les ombres du quai, il se persuada qu’il s’était vraiment fait des idées. Contrairement à ce que l’on imagine, à force de vivre trop longtemps seul, on finit par tout espérer des autres, et s’abuser de mirages imbéciles. Au point de se croire désiré.

Il contempla Sonia se fondre dans les ténèbres en se traitant d’idiot. Pas pour avoir négligé pareille opportunité. Pour s’être figuré que celle-ci se présentait…

Il n’était pas le seul à observer sa visiteuse disparaître dans la nuit. Un peu plus loin, près de la gueule béante de l’Islington Tunnel, dissimulé dans l’obscurité complice, quelqu’un ne perdait pas une miette de la scène, et dardait sur ses deux protagonistes un regard d’une dévorante intensité.

Dans l’épisode suivant

Que contiennent ces carnets que Di Sante a tant tenu à éloigner de toute curiosité ? Et qui espionne ainsi les allées et venues autour du Salty Dog ? On peut espérer trouver les réponses à ces questions dans l’épisode suivant de L’Arpeggio Oscuro : Le cénacle précieux.

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Ce qu’il convient de savoir…

Une hypothèse troublante a été soumise au musicologue Vernon Gabriel, alors que, dans l’espoir d’un livre à venir, celui-ci enquête sur le groupe Dark Theatre. Son ex-leader, Adrian Di Sante, ne se serait-il pas par dépit débarrassé de ses anciens comparses pour les punir de leur désertion ?

Petit lexique à l’usage des germanistes hésitants

- Sturm Und Drang : Tempête et Élan, mouvement préromantique allemand dans lequel s’illustrèrent Goethe et Schiller, et qui bénéficia des sympathies musicales de Beethoven et Haydn.