« Votre singulière histoire me laisse la gorge sèche, monsieur Gabriel. Je boirais volontiers quelque chose à présent.

— Thé ou café ?

— Ni l’un ni l’autre. J’apprécierais un remontant à la hauteur de votre récit, suave mais corsé. Votre fierté d’Écossais ne se froisserait pas à me servir une Guinness ?

— J’en aurais le chardon contrit… Une Mac Ewan’s Scotch Ale fera aussi bien l’affaire, croyez-moi. »

Dès que Vernon Gabriel lui eut offert un brave verre bien ventru empli du bitumineux breuvage, Serena se rencogna dans son fauteuil et pria son hôte de reprendre, tout en appréciant à petites gorgées ravies la saveur caramélisée de sa bière.

Au lendemain de cette journée du 7 novembre qui l’a tant perturbé, Guarneri décide de vérifier si des membres du Cénacle autres que Massimo Testi ne se seraient pas signalés cette nuit-là par quelque extravagance. Il faut qu’il en ait le cœur net. Il redoute certes d’apprendre qu’il s’est lui-même compromis, mais cette appréhension ne suffit pas à le retenir.

Il passe sa journée à écumer les tavernes, à sinuer entre les étals des marchés, à tendre l’oreille aux conversations des badauds dans les rues. Tout ragot est bon à cueillir. Il apprend de cette façon que, la veille au soir, une des filles de la Sangalla a été rossée d’importance par un client abusif. Guarneri se rend aussitôt à la Ca’ d’amore, ainsi qu’on nomme à Crémone l’élégant lupanar en question, et demande à s’entretenir avec la tenancière. Dès qu’elle le reconnaît, la maîtresse des lieux lui reproche son manque de discernement dans le choix de ses amis. Son camarade Rezzo a encore fait des siennes.

Alors qu’elle savoure une pause entre deux chevauchées, la Leonella, une de ses filles, a reçu la nuit dernière une curieuse invitation orale transmise par un marmot. On la prie de sortir un moment pour s’entretenir auprès d’un monsignore épris de discrétion qui l’attend à l’abri des ombres de la rue. Enfilant une pelisse par-dessus son négligé, la Leonella a répondu à cette demande sans s’étonner outre mesure : la signorina a l’habitude de se plier aux excentricités de la clientèle. Elle est revenue un quart d’heure plus tard dans un état lamentable, tuméfiée de partout : le gentilhomme en question, oublieux de ses bonnes manières, lui a administré une raclée exemplaire. En dépit des ténèbres et de son grand chapeau, la Leonella a reconnu son agresseur : il s’agit du cavalier insatiable qui la nuit précédente a brisé les reins d’un contingent entier des filles de la maison, elle comprise. Celui-là même que la Sangalla a désigné comme étant Vincenzo Rezzonico.

Qu’une catin se fasse tabasser ne préoccupera personne à Crémone, pas plus à l’époque que maintenant. Cela prêterait plutôt à sourire. Porter plainte serait aussi inutile que dérisoire. Leonella en est donc quitte pour tamponner ses blessures en silence. Guarneri, bon prince, s’acquitte de quelques pièces d’or pour payer le médecin et adoucir les souffrances de la demoiselle. Pour étouffer aussi les racontars, cela va de soi. Que Rezzonico se soit éclipsé comme Testi pour aller s’avilir dans la nuit lui donne les pires craintes concernant ce qu’il découvrira d’autre concernant les événements de la veille au soir.

Alors qu’il déambule peu après sur la piazza del Duomo parmi les éventaires des camelots, une conversation entre bourgeois capte son attention. Une ronde de nuit est intervenue aux onze heures sonnantes pour empêcher un individu passablement hagard d’escalader le campanile du Torrazzo. L’énergumène a détalé sans demander son reste mais la description que l’on donne de lui – un blondin au cheveu long, vêtu de noir à la façon des prêtres – correspond trop à Alessandro Scarfiotti pour laisser à Antonio le moindre doute sur son identité. Voilà son troisième égaré.

La sculpture s'est écrasée à quelques pas à peine

« Votre Scarfiotti qui joue l’alpiniste sur campanile, réagit Serena. Et Dave Krieger se lançant dans l’ascension du beffroi de l’hôtel de ville de Stockholm. Sans oublier Adrian tombé de son clocher. Cela fait quand même beaucoup de tours dans cette histoire Voilà le genre d’analogie que vous me laissiez le soin de relever, je suppose. On dirait que quelque chose pousse les gens à se ruer vers les hauteurs.

— Un arpège ascendant, peut-être… »

Tandis que Gabriel reprenait le fil de son histoire, Serena se demanda si une fois encore son narrateur cédait simplement au plaisir d’un bon mot ou s’il sous-entendait quelque chose de plus sérieux. Son hôte paraissait cultiver l’ambiguïté comme un des Beaux-arts, et elle ne détestait pas du tout ça, au contraire.

Poursuivant sa chasse aux indiscrétions, Guarneri visite ensuite une à une les tavernes les plus bruissantes de Crémone. Un sujet y revient plus fréquemment que les autres dans les conversations : le singulier attentat dont a été victime le préfet français de la ville, pas plus tard que la nuit dernière. Alors que, sous faible escorte, le digne fonctionnaire regagnait sa résidence au sortir d’une réception mondaine, un mystérieux agresseur, posté en surplomb sur un toit, a lancé sur lui un buste de César. La sculpture s’est écrasée à quelques pas à peine du Français, le manquant de trop peu pour ne pas projeter sur lui quelques éclats de marbre. Le temps qu’une escouade investisse les toitures, le responsable s’est déjà envolé. Chacun perçoit évidemment le caractère symbolique de l’attentat : projeter une effigie du grand Jules sur le représentant du Premier Consul ne peut rien avoir d’innocent.

Antonio Guarneri frémit en apprenant cette agression. Au fond de l’appartement qu’il occupe au palazzo se trouve un cabinet oublié, devenu débarras, encombré des ornements dont les précédents occupants de la demeure égayaient leurs corridors. Parmi ces bibelots plus ou moins imposants ont été relégués pêle-mêle plusieurs bustes à l’image de différents seigneurs de la Rome antique, dont un de Jules César.

Le jeune homme se précipite aussitôt chez lui, pour une vérification cruciale à ses yeux. Il traverse le palazzo au pas de course, gagne ses quartiers, galope vers le galetas en question. Toutes les sculptures l’y attendent, dans leur désordre habituel, à l’exception d’une, celle du divin César, bien entendu. Guarneri n’a plus à tergiverser : il est bien le terroriste acrobate qui a attenté à la vie du préfet français.

Heureusement pour lui, nul ne connaît l’existence de ce réduit et son contenu, même parmi les résidents du palazzo. Les domestiques, embauchés de fraîche date et enclins à fuir les cages à poussière, partagent cette ignorance. Antonio demeurera donc insoupçonnable aussi longtemps qu’il se taira.

C’est néanmoins d’un cœur défaillant qu’il reprend ses investigations. Celles-ci ne lui apportent rien de plus. Bien qu’il ne parvienne pas à découvrir à quelle aberration se serait livré Di Parma cette nuit-là, il estime toutefois suffisamment établie la vérité sur ces heures troubles. Quatre sur cinq : la statistique est accablante.

Le soir venu, mettant un terme à ses recherches, Guarneri réunit le Cénacle dans le même salon de musique où s’est produit l’improbable. Avec autant de gêne que de certitude, il informe l’assemblée de ses découvertes : nul doute à présent que l’arpège et l’accord subséquent n’aient exercé sur eux un pouvoir maléfique. Cette musique venue d’ailleurs les a momentanément privés de leur conscience et poussés loin au-delà d’eux-mêmes, jusqu’à les compromettre dans des forfaits dont ils auraient été incapables en temps normal.

Une telle révélation a de quoi secouer, les vertigineuses perspectives qu’elle ouvre ne peuvent qu’effrayer : on se promet de ne surtout pas renouveler l’expérience. C’est alors qu’à la surprise générale, Teodoro Di Parma émet un point de vue tout différent et propose au contraire de tester à nouveau l’arpège redoutable.

Rezzonico, bourrelé de remords d’autant plus excessifs qu’il s’estime à l’origine de tout, est le premier à protester, déclarant que jamais il ne se risquera à rejouer cet arpeggio oscuro. Voici le monstre désormais baptisé.

Faisant fi des protestations, Di Parma invite ses compagnons à recouvrer leur calme en même temps que leur lucidité. Il pense savoir ce qu’il s’est passé dans la nuit du 7 au 8 novembre et, afin d’apaiser chacun au plus vite, annonce en préambule que selon lui aucun des membres du Cénacle n’a commis ce dont on pourrait l’accuser. Un autre s’est chargé à leur place de ces folies, et Teodoro se vante de le leur démontrer s’ils daignent l’écouter sereinement.

La réflexion qu’il a menée se fonde sur une singulière constatation qui aurait dû troubler davantage ses compagnons. Personne parmi eux ne trouve-t-il donc étrange qu’une fois leur extravagance accomplie, chacun soit revenu docilement reprendre sa place au palazzo, comme mû par ce sourd instinct qui reconduit un cheval sans maître à son écurie ? Il est selon lui impossible qu’avec un si bel ensemble l’on s’éveille d’un sortilège, quel qu’il fût. Certains auraient pu reprendre conscience en chemin, d’autres rencontrer un obstacle qui les retînt d’une manière ou d’une autre. Mais non : ils ont émergé comme ils ont sombré, avec un synchronisme parfait, sagement calés dans leur fauteuil. Ce qui, à entendre Di Parma, ne s’explique que si aucun d’eux n’a en réalité quitté son siège.

L’hypothèse que le compositeur parmesan souhaite leur soumettre trouve sa source dans une lecture récente. Comme celui-ci pratique couramment l’allemand, il a pu lire sans attendre de traduction le dernier ouvrage en date de l’écrivain Johann Paul Richter, plus connu sous son alias français de Jean Paul. Aux dires de Di Parma, même s’il n’aborde en rien les douteux rivages du surnaturel auxquels pensent avoir accosté les musiciens du Cénacle, ce livre intitulé Siebenkäs, paru cinq ans auparavant, apporte une réponse possible à leurs interrogations, même si c’est de façon indirecte, il le reconnaît.

Emettre un double maléfique de soi-même

Serena bouda ostensiblement. En dépit du diplôme de littérature européenne dont elle n’était pas peu fière, elle n’avait jamais entendu parler de cet auteur allemand. Avait-il seulement existé ? Gabriel, dans l’espoir de la dérider, avoua partager la même ignorance. Il s’était donc renseigné sur ce Richter et avait découvert que ce dernier était fort en vogue à la fin du XVIIIe siècle et dans les premières années du suivant. Ses romans mouillés de sentimentalisme et joliment pétris de philosophie avaient su émouvoir un vaste public. Mme de Staël l’avait mis à la mode, Robert Schumann l’avait admiré, et c’était en son honneur que Gustav Mahler avait intitulé Titan sa première symphonie. Ce brillant sujet, adulé de son temps, avait depuis plongé dans l’oubli le plus profond. On ne risquait plus guère de trouver ses ouvrages en librairie.

Di Parma l’a donc lu, lui. Dans Siebenkäs, le dénommé Jean Paul invente un terme qui a d’emblée fasciné le musicien émilien. Pour désigner le meilleur ami de son personnage principal, Richter troque alter ego contre un synonyme inédit : Doppelgänger. Certes, l’écrivain ne prête à ce terme aucune valeur inquiétante. Il s’autorise juste l’utopique souhait que chacun puisse un jour rencontrer en un autre la parfaite réplique de soi, spirituellement s’entend. L’imagination de Teodoro l’a porté au-delà : il s’est figuré qu’on puisse émettre un double maléfique de soi-même, que votre part d’ombre s’incarne en une réplique négative qui marcherait à votre côté et agirait de manière autonome. À l’entendre, l’arpège et son écho jouiraient du pouvoir de créer ce duplicata.

Il suppose par conséquent que le soir du 7 novembre, leurs corps plongés dans une douce hébétude soient demeurés dans le salon de musique tandis que le doppelgänger de chacun s’esquivait en ville pour accomplir des infamies auxquelles la part claire d’eux-mêmes ne se serait jamais risquée.

Guarneri est le premier à opposer une objection à la thèse du dédoublement. Il rappelle les mains sanglantes de Testi, preuve que c’est bien lui et non un simulacre qui s’en est pris à Grazzi. Di Parma, d’abord embarrassé par cet argument pertinent, le repousse en prétendant que lorsque le double regagne son original, leurs substances se mêlent et ce qui marque l’un transparaît forcément sur l’autre.

Loin de se laisser aussi aisément circonvenir, les quatre associés de Di Parma renâclent à accepter cette conjecture ahurissante. Leur compagnon propose donc d’en éprouver sans tarder la justesse. Il se porte même volontaire pour le test, de quoi apaiser les appréhensions des autres et mieux manifester la force de sa conviction. L’expérience qu’il envisage s’organisera ainsi : ses compagnons vont l’enfermer à double tour dans son cabinet de travail, et ce pour la durée de la nuit. Quand tous se seront retirés, il exécutera l’arpège sur sa propre lyre, hors de portée de leurs oreilles. Ils viendront le délivrer au matin, puis iront enquêter dans la cité afin de découvrir quel dommage aura causé son doppelgänger. La preuve sera faite du dédoublement qu’il suppute.

Il en est fait selon ses désirs. Comme convenu, on le boucle dans sa tanière puis, le matin suivant, ses quatre amis sceptiques le libèrent. Ils le trouvent en train de les attendre fort benoîtement, attablé face à ses partitions, les doigts maculés d’encre. Leur cobaye leur confirme avoir joué l’arpège, puis s’être mis rêveusement au travail. L’aube l’a surpris alors qu’il avait encore la plume en main. Rien de plus à signaler.

On se disperse alors dans les rues de Crémone pour la vérification que chacun redoute ou espère, en fonction de son humeur. C’est Scarfiotti qui le premier recueille le témoignage confirmant la justesse de l’ahurissante hypothèse émise par Di Parma. Un peintre de ses connaissances, appelé en urgence le matin même au Duomo, lui relate les étranges événements qui ont entraîné cette convocation précipitée. L’on a découvert aux matines que l’un des Christs en croix de la cathédrale a été nuitamment badigeonné de peinture noire par un iconoclaste sans vergogne. Un outrage intolérable, dont il faut au plus vite effacer les stigmates. L’ami de Scarfiotti a donc été requis pour réparer les dégâts presto vivace : il n’est pas question de supporter plus longtemps cette vue offensante d’un Messie moricaud.

Prêtres, vicaires et sacristains ont entrepris de leur côté une enquête de voisinage afin d’identifier le responsable du saccage. Ils ont en particulier interrogé les nombreux mendiants qui gîtent habituellement la nuit sous le porche du Duomo avant d’aller au matin échanger leurs puces contre quelques piécettes. Plusieurs de ces gueux ont effectivement été tirés du sommeil par un individu qui décampait hors de la cathédrale comme s’il avait aux trousses tous les archanges du Ciel en furie. Étant donné qu’ils n’avaient guère l’esprit clair à ce moment, ils n’ont su donner de lui qu’une description approximative. Tous se sont accordés pour signaler cependant que l’impie portait autour de la taille une sorte de ceinture de tissu rouge.

C’est là le détail, fidèlement rapporté par Scarfiotti, qui achève de convaincre le Cénacle. La veille en effet, il a été convenu entre eux que Di Parma se ceigne d’une écharpe écarlate afin de faciliter son identification sans pour autant le compromettre. Le morceau d’étoffe accusateur est d’ailleurs brûlé dans l’instant dans l’âtre le plus proche.

Di Parma a donc raison. Comme il est demeuré bouclé dans son cabinet, seul son fameux double a pu accomplir le sacrilège de la cathédrale. Une réplique de lui-même seulement vêtue de ses noirceurs, car jamais le Parmesan, imprégné de la foi la plus vive, croyant exemplaire, père de famille vertueux, n’aurait été capable de commettre en conscience une action aussi vile.

Pour parachever sa démonstration, Teodoro rappelle les taches d’encre que chacun a remarquées sur ses doigts au matin de l’expérience. Il s’agissait en réalité de traces de peinture noire. Il sait désormais qu’elles ne sont pas miraculeusement apparues. La preuve est donc établie que jouer l’arpège engendre le doppelgänger maléfique de celui qui l’exécute.

Chacun jure aussitôt que plus jamais il ne se risquera à égrener ces notes effroyables.

Apparemment, les cinq membres du Cenacolo Peregrino se plient dans les semaines qui suivent à la stricte observance de l’interdiction qu’ils se sont imposée. Ils vaquent à présent à d’autres aventures musicales, beaucoup moins risquées faute d’être aussi exaltantes, et les célébrations de Noël détournent leurs esprits de l’arpeggio oscuro.

Guarneri montre alors autant de circonspection et de retenue que ses éminents comparses. Cependant, peu à peu, la tentation s’immisce au cœur de sa prudence. Comme il se sait détenir un pouvoir singulier dont il n’ose pas user, il ressent une forme de frustration qui s’impose progressivement à son appréhension. L’envie le taraude de plus en plus de reproduire l’expérience, de vérifier si ce dédoublement fabuleux n’est pas qu’une illusion. Libérer son doppelgänger, aussi nocif soit-il, le tente comme d’autres le désir irrépressible de se noyer dans l’alcool ou de tromper leur femme. Seule le retient la peur de se livrer par double interposé à un crime insupportable, et d’être arrêté pour cela, condamné, exécuté.

Antonio tient ce désir inassouvi pendant quelques semaines. Il résiste du mieux qu’il le peut, mobilisant pour cela toute sa vigueur morale. La venue du carnaval, en février, lui fournit malheureusement de quoi s’affranchir de sa crainte d’être pris. S’il renouvelle l’expérience pendant la mascarade, qui ira le reconnaître ?

Dans l’épisode suivant

Guarneri va céder à la tentation, chacun le devine. Mais avant que la suite des événements ne prenne un tour plus dramatique encore, Vernon Gabriel va recevoir une visite pour le moins singulière. Ce que vous découvrirez dans le webisode suivant : Black-out.

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Ce qu’il convient de savoir…

Au début du XIXe siècle, à Crémone, un cénacle de jeunes musiciens idéalistes, regroupé autour d’Antonio Guarneri, a reconstitué un arpège attribué à Orphée. Celui-ci paraît plonger ceux qui l’entendent dans un état second propice aux égarements les plus inattendus. L’histoire aurait inspiré Adrian Di Sante, leader de Dark Theatre, avant que son groupe ne se dissolve et que ses comparses et lui-même ne décèdent l’un après l’autre.

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