Vernon Gabriel dut patienter jusqu’au surlendemain avant de retrouver le Salty Dog. Une bouffée d’air doux venue de l’Atlantique inaugura finalement la fonte du verglas londonien. Une pluie tiède, plus fade qu’une tisane de vieille fille, vint hâter la débâcle. Le marchand de guitares se refusa pourtant à réembarquer sur son house-boat tant qu’une plaque de glace dériverait sur Regent’s Canal. Une brève visite d’inspection effectuée sur la berge au moment de midi lui confirma qu’il pourrait regagner son bord le soir même.

Il s’était bien gardé de toucher à la lyre depuis sa virée nocturne à l’Ice Age. Reproduire l’arpège sans l’assistance de Serena lui paraissait trop aléatoire. Dieu seul savait de quoi il était capable sous l’influence de ces notes pernicieuses. Il opposait donc à la tentation d’en jouer encore la certitude que l’instrument était à l’origine du comportement aberrant des Dee Tees à Stockholm. Une dissonance à l’origine de leur séparation, il n’en doutait plus désormais.

Devait-il cependant aller au-delà, imputer leur élimination générale à la possession du secret de l’arpège ? Aucun argument valable ne confortait cette thèse. Le motif de ces assassinats soigneusement déguisés résidait sans doute ailleurs, dans la vie secrète du groupe, ou dans l’hostilité d’un ennemi inconnu, aussi détraqué qu’entêté, poussé par la jalousie, lésé dans ses intérêts, animé par une idolâtrie dévoyée. Tout était envisageable tant cette histoire persistait à retenir ses brouillards.

La nuit achevait de tomber sur Islington quand Gabriel reprit le chemin de son ponton sous un crachin douçâtre. Au moment où il alluma, à peine entré dans le rouf, un sentiment déroutant le figea sur le seuil. Il eut l’impression que quelque chose avait changé chez lui. Son intérieur ne lui paraissait plus tel qu’il l’avait déserté quand la glace avait envahi le canal.

Il demeura prudemment dans l’encadrement de la porte et promena un regard circonspect sur son logement muet.

Il ne manquait rien, c’était évident. Tous les objets de son quotidien attendaient sagement son retour. Certains, néanmoins, n’étaient plus tout à fait à la même place. Comme s’ils s’étaient déportés de quelques centimètres, ici à gauche, là à droite. Ces déplacements étaient infimes, mais leur concomitance engendrait une nette sensation de remue-ménage, aussi discret fût-il.

Gabriel n’étant pas homme à croire à la transhumance spontanée des bibelots, il lui sembla évident qu’un fouineur anonyme, mettant à profit son repli vers Charlton Place, était venu remuer son linge. Un visiteur assez méticuleux cependant pour éviter tout désordre accusateur. Le Nashville Duke se livra sans tarder à un rapide inventaire de ses biens. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu’on ne lui avait rien chipé. Soit le vol n’était pas le but de l’intrusion, soit l’on n’avait pas déniché ce que l’on cherchait. Or que manquait-il sur place qui puisse être convoité ? La réponse s’imposait : les carnets et la lyre, bien entendu.

Si tout était à sa place, ou presque, Gabriel nota cependant au bout d’un moment qu’il y avait, non quelque chose en moins, mais quelque chose en plus. Sur le coffre qui lui servait de guéridon s’étalait une feuille de papier, et, disposées par-dessus, quelques fleurs séchées. Il constata en s’approchant que ces plantes, soigneusement aplaties, semblaient droit sorties d’un album. Son visiteur souhaitait-il le convertir au doux bonheur d’herboriser ?

Une autre constatation dissipa cette bucolique hypothèse. Le feuillet sur lequel reposaient ces échantillons floraux n’était pas anodin : c’était du papier à musique. Les portées en étaient encore vierges, mais paraissaient réclamer quelque partition sanglante. Gabriel réalisa, non sans frémir, que le meurtrier aux requiem, décidément inlassable, venait de lui laisser un avertissement à sa façon.

Avant de dériver puis couler lentement

Le contenu du message consistait-il dans le choix des végétaux épandus sur la feuille ? Gabriel, loin d’être un botaniste émérite, déploya son ordinateur et fila consulter sur Internet quelques sites spécialisés. Soupçonnant que l’ordre dans lequel ces tiges étaient rangées avait son importance, il s’abstint d’y toucher, préférant déplacer délicatement l’ensemble pour comparer chaque spécimen avec les illustrations qui défilaient sur son écran.

Après s’être dépêtré vaille que vaille d’un maquis épais de dénominations latines et de noms vernaculaires plus pittoresques les uns que les autres, il parvint à répertorier les quatre plantes étalées sous ses yeux. Dans un premier temps, rien dans ce rébus végétal ne l’interpella. Puis un souvenir confus s’insinua en lui, monté de sa jeunesse, et plus précisément de ses années de public school à Kilmarnock, le collège où, heureux concours qu’aurait apprécié Di Sante, on l’avait initié au rock en même temps qu’à Shakespeare. Il se rappelait vaguement avoir étudié un texte du grand Will qui parlait de ces fleurs. Les pâles figures d’Hamlet et de son spectre se dressèrent d’un coup dans sa mémoire.

Vernon Gabriel se rua sur sa bibliothèque et en tira le volume consacré à la tragédie d’Elseneur. Il le feuilleta jusqu’à la fin de l’acte IV, avant que ne lui saute aux yeux le passage qu’il cherchait :

« There with fantastic garlands did she come / Of crow-flowers, nettles, daisies and long purples / That liberal shepherds give a grosser name, / But our cold maids do dead men’s fingers call them. »

Renoncules, orties, marguerites et arums pourpres. Cela correspondait, au pétale près, au bouquet desséché déposé par son visiteur, l’ordre d’apparition dans le texte ayant été scrupuleusement respecté.

Le drame d’Ophélie, fille de Polonius, plus ou moins aimée du prince Hamlet, revint se dérouler dans l’esprit de Gabriel. Il revit la jeune femme tentant d’attacher une couronne de fleurs à la branche d’un saule penché par-dessus la rivière. Il crut entendre le bruit de sa chute dans le courant glacé, et le chant qu’elle aurait entonné dans l’eau, parmi sa guirlande effeuillée, avant de dériver, puis couler lentement. Quelques peintres avaient immortalisé la scène. Le poète français Rimbaud lui avait consacré de mémorables vers. Plus que tout autre sans doute, Gabriel était sensible à cette histoire : il l’avait presque vécue.

Ravalant l’amertume qui l’avait envahi, il se rappela après coup que Dark Theatre avait consacré un morceau à ce personnage mythique. Ophelia’s floating, sur le sixième et ultime album, une courte ballade effusive, où la guitare pathétique de Di Sante s’étirait, se déchirait, en un lamento électrique fort inspiré de Bob Fripp. Une nouvelle audition lui confirma la fidélité d’Adrian au texte qui l’avait inspiré. Les fleurs de la guirlande y étaient énumérées à l’identique. Il fallait donc voir dans ce dépôt anonyme une allusion de plus au répertoire du groupe, analogue à celles qui avaient précédé les disparitions de ses membres.

Son tour était-il venu ? À trop prendre part aux secrets des Dee Tees, Gabriel s’était certainement exposé de la même façon qu’eux. Restait à percer le mystère impénétrable de ce ce qui lui était reproché.

Instinctivement, il saisit entre ses doigts l’arum parcheminé qu’on lui avait adressé. La protubérance qui rappelait effectivement le doigt d’un défunt y pointait dans le calice flétri de la corolle. Comme un index le désignant pour cible…

Dans une vaine tentative pour se réconforter, Gabriel songea un instant que la menace visait peut-être Sonia Kristensen. N’était-elle pas aussi danoise qu’Hamlet et Ophélie ? Mais, si c’était le cas, l’avertissement lui aurait été directement transmis dans sa retraite nordique. Non, c’était bien lui qu’on visait.

Que faire dès lors pour se soustraire au coup qu’on lui promettait ? Il pouvait évidemment s’échapper, partir se planquer dans une retraite insoupçonnable. Mais celui qui s’en était pris aux Dee Tees avait fini par retrouver Adrian Di Sante, en dépit de ses précautions. Qu’il se soit acharné à le traquer treize ans durant renseignait assez sur sa détermination. Gabriel ne se voyait pas fuir pendant des années, renoncer à une existence à laquelle il tenait, et cela pour vivre tant bien que mal sous la menace permanente de cet ennemi opiniâtre. Décamper n’était pas une solution. Il lui fallait faire face, d’une façon ou d’une autre.

Ce fut à ce moment que Vernon Gabriel se rendit compte qu’il n’était pas seul à devoir trembler sous cette épée de Damoclès. Si l’on s’en prenait de la sorte à tous ceux qui étaient informés des mystères du groupe, Serena était aussi exposée que lui. Sonia, elle, ne craignait rien, désormais hors d’atteinte dans son île perdue du Jütland. Sa belle-sœur, en revanche, connaissait le contenu des carnets, l’existence de l’arpège, ainsi que celle de la lyre, sans compter les menus secrets du frangin. Son tour viendrait lui aussi, fatalement. Il était plus qu’urgent de la prévenir.

Gabriel fut un moment tenté d’inventer un stratagème pour se rendre chez la sœur d’Adrian à l’insu de ceux qui le surveillaient probablement à cette heure, guettant ses réactions. Il renonça à cette idée en même temps que s’esquissait dans son esprit le projet d’une riposte possible. Mieux valait au contraire agir ouvertement, et galoper chez Serena de la manière la plus ostensible. Soucieux de ne surtout pas prendre au dépourvu d’éventuelles sentinelles, il donna donc un coup de fil pour qu’un cab passe le prendre sur le quai, au vu et au su de tous. Il appela ensuite la jeune femme, sollicitant de sa part une entrevue d’urgence, sans en préciser toutefois la raison, par prudence, précisa-t-il. Peut-être plus curieuse que surprise, celle-ci ne fit aucune difficulté à lui accorder ce rendez-vous tardif.

Le Nashville Duke ignorait jusque-là que Serena résidait à Chelsea, à trois pas de la ruche commerçante de King’s Road.

« Je suis un cru précieux, je repose à la cave. » avait-elle plaisanté en lui donnant l’adresse.

La pétillante Milanaise logeait en effet dans un basement flat particulièrement pittoresque. Gabriel fut accueilli dans un sous-sol dont la moindre pièce était tapissée de livres du plancher jusqu’au plafond. On se serait cru dans une de ces librairies engorgées qui s’alignent à Soho. Serena lui expliqua que le propriétaire des lieux avait hérité ces locaux d’un oncle aussi misanthrope que bibliophile, qui avait dressé ces remparts de bouquins entre ses semblables et lui. Peu désireux de s’encombrer de ce fatras mais répugnant à disperser une si imposante collection, le légataire avait loué l’endroit, à charge pour les locataires de veiller sur cette bibliothèque en contrepartie d’un bail indulgent. Serena avait été immédiatement séduite, même si ce domicile posait d’insolubles problèmes de rangement. Il n’y avait pas un mur qui ne fût couvert de rayonnages, y compris aux toilettes.

« Une vie ne suffirait pas à lire tout ça, estima Gabriel, franchement épaté, un peu effrayé aussi.

— C’est le principe même d’une collection, rétorqua Serena : de la mégalomanie de salon. Le plaisir d’amasser plus qu’on ne peut compter. »

Elle l’invita à se poser dans un canapé au cuir fatigué, lui offrit de partager la fin d’une bouteille de Montepulciano d’Abruzzo, s’installa sans façon à côté de lui et s’enquit du motif de cette visite à l’improviste. Tout en sirotant ce vin qui lui en rappelait un autre, lampé récemment à Florence, Gabriel lui rendit compte par le menu des découvertes de la soirée et des conclusions guère rassurantes qu’il en avait tirées. Serena l’écouta sans glisser le moindre commentaire, une réserve étonnante de sa part. Les sentiments qui l’animaient se lisaient néanmoins sans peine sur sa mine, de plus en plus chiffonnée au fur et à mesure que le musicologue avançait dans ses révélations.

Bonne baignade et adieu mister Gabriel

« Si je m’en tiens à ce que nous connaissons des manies de notre gaillard, conclut Gabriel, notamment sa propension à maquiller ses exécutions en décès accidentels, voilà qui me promet la plus plausible des noyades. Un pas mal assuré sur le pont verglacé du Salty Dog, un aller simple par-dessus bord dans l’eau glacée du canal, hydrocution, commotion : bonne baignade et adieu, mister Gabriel… Et je ne suis pas loin de penser qu’il vous réserve un sort aussi peu enviable. À Sonia peut-être aussi. Mais elle n’en sait pas autant que nous, et ne risque rien là où elle est. En revanche, vous et moi devons vraiment paraître trop informés à son goût.

— On nous en voudrait donc à ce point ? marmonna-t-elle, d’une voix presque aussi enrouée que celle de sa belle-sœur.

— Mais faute d’en savoir autant qu’il le croit, il sera difficile de nous mettre hors d’atteinte. Celui qui orchestre tout ça depuis quinze ans est aussi acharné que perspicace. Il sait viser juste et toucher au vif. J’en ai encore eu la preuve ce soir. Ce message inspiré de Shakespeare m’a atteint au plus profond, sans que peut-être celui qui me l’a laissé en soit d’ailleurs réellement conscient. Peu importe, le mal est fait.

— Quel mal ?

— J’ai moi aussi une Ophélie, soupira Gabriel en portant une fois de plus la main à sa gemme versatile, avant de l’en retirer prestement.

— Un rapport avec cette phobie de la glace dont vous m’avez parlé sans m’en révéler l’origine ?

— Vous êtes décidément très clairvoyante, miss Di Sante. »

Pour toute réponse, Serena posa sa main sur celle qui venait de lâcher la pierre noire. Un geste de compassion gratuite, bien sûr, mais qui poussa Gabriel à se confier enfin.

Il avala le peu de Montepulciano qui rougeoyait encore dans son verre et, peut-être plus pour lui-même que pour Serena, il révéla ce qui lui obstruait le cœur à ce point. Plus de vingt années auparavant, alors qu’il venait de s’inscrire aux cours de musicologie de l’université de Glasgow, alors âgé de dix-neuf ans, Vernon Gabriel avait participé avec quelques camarades de faculté à une virée improvisée dans les Grampians. Parmi la fine équipe figurait Tracy Mac Lean, une jolie blondine d’Inveraray dont Gabriel était davantage que le boy friend.

L’hiver avait été rude cette année-là sur l’Écosse, prenant plus d’un loch dans ses glaces. De quoi donner l’envie à des jeunes gens insouciants d’aller patiner sur un lac isolé. Serena avait rejoint Gabriel dans son paysage mental. Elle se figurait les croupes rugueuses des Highlands passementées de givre. Elle imaginait la joyeuse bande en goguette, l’haleine fumante, les yeux brillants.

L’expérience de pareilles conditions climatiques avait quand même incité ces godelureaux à emporter perche et gaffe pour éprouver la solidité de la glace et repêcher quelqu’un en cas d’accident. Une précaution qui allait s’avérer vaine. Alors que tous virevoltaient à qui mieux mieux sur le miroir du loch, le manteau de gel céda sous une cabriole excessive de Tracy, et celle-ci fut aussitôt avalée par l’eau glaciale. Gabriel, qui traçait ses huit à proximité, se précipita pour la sortir de ce piège. Il l’attrapa de justesse par le col de son pull, sa main glissa sur la laine humide, il accrocha faute de mieux le pendentif de Tracy et tira d’un coup sec sur le collier pour assurer sa prise. La chaîne se brisa sous l’effort et, par un effet de ressort, l’étudiante fut emportée plus profondément sous la glace.

Gabriel demeura figé à cette vue. Il aurait dû plonger dans l’ouverture pour la ramener, mais une peur soudaine bloqua son élan, augmentée du souci immédiat de sa propre sauvegarde. L’un de ses camarades prit sa couardise pour de la prudence et approuva sa retenue : mieux valait utiliser la gaffe que risquer l’hydrocution dans cette eau mortelle, et déplorer finalement deux victimes au lieu d’une. Mais les perches avaient été abandonnées loin de là sur la rive. Le temps d’aller les chercher, Tracy avait coulé, hors d’atteinte, paralysée par le froid. Gabriel avait assisté impuissant à sa noyade.

Soumis au tenaillement d’un repentir persistant, il se jugeait toujours responsable de cette mort. Pour mieux se souvenir, ou s’accabler davantage, il avait conservé, telle une relique, la gemme noire que la jeune fille portait en pendentif, celle qui lui était restée dans la main, symbole de son impuissance. Il en avait fait l’ornement de son bolo tie, pour porter sa contrition comme d’autres leur croix. Il ne s’en était jamais séparé depuis. Tracy aimait cette pierre dont les reflets changeants paraissaient épouser les mouvements de son humeur. Elle l’appelait son cœur magique. Toutefois, d’une façon aussi troublante qu’inexplicable, ce cristal de nuit avait changé d’aspect après le décès de sa propriétaire. Lui d’habitude d’une tiédeur quasi humaine demeurait désormais froid comme givre, comme s’il exigeait d’être réchauffé dans une paume accueillante. Autre anomalie troublante, du fond de ses ténèbres était apparu un défaut insolite, une sorte de fracture formant une tache pâle, qui rappelait la silhouette de la noyée en perdition. À lui aussi son Ophélie.

Gabriel paraissait avoir oublié la présence de Serena à ses côtés, et l’étreinte de sa main sur la sienne. Il s’était totalement immergé dans son passé, ne s’adressant plus qu’à lui-même. Il refaisait son procès, ravivait ses remords, ressassait ses regrets. Depuis ce jour maudit, il ressentait une répulsion immédiate à la vue du moindre morceau de glace. Autre conséquence étrange, il était devenu d’une totale insensibilité au froid.

Peut-être emporté par tant d’émoi au-delà des limites de sa propre discrétion, il avoua également que cet épisode navrant avait définitivement compromis sa relation aux femmes. Chaque fois qu’il avait eu l’opportunité de s’attacher durablement à une dame, le fantôme de Tracy s’était comme dressé entre elle et lui. Il ne pouvait aimer sans culpabilité, celle d’avoir laissé jadis son Ophélie disparaître dans ce lac, celle aussi de trahir son souvenir en s’entichant d’une autre. Il n’avait connu depuis que d’éphémères idylles, vite gagnées par le désenchantement. Tracy faisait à jamais obstacle à sa félicité.

Gabriel n’avait pas déballé tout cela sans réticence. Il aurait notamment dû garder pour lui cette dernière confidence. Il avait toutefois éprouvé le besoin de faire comprendre à Serena les raisons de l’attitude réservée qu’il avait adoptée vis-à-vis d’elle jusqu’à ce jour. Il craignait d’avoir froissé sa susceptibilité féminine en se montrant aussi peu empressé. On se sent souvent amoindri de l’indifférence des autres.

« Et qu’allez-vous faire maintenant ? demanda la jeune femme, visiblement désireuse de détourner le cours de tant de pensées maussades.

— J’en ai déjà une petite idée. Mais pour mener à bien le plan auquel je songe, il va d’abord falloir que je passe la nuit ici.

— Eh bien, dites-moi ! s’esclaffa Serena. Pour quelqu’un qui se prétend empêché, vous êtes plutôt délié. Quel grand romantique vous faites, monsieur Gabriel. »

Dans l’épisode suivant

Serena Di Sante s’amuserait-elle à se méprendre ? Le fait est que Vernon Gabriel a échafaudé une stratégie retorse, prétendue en millefeuille, destinée à piéger celui qui tôt ou tard devrait s’en prendre à lui. Pour apprendre comment il va contre-attaquer, rendez-vous est pris pour l’épisode suivant : Dans la maison de poupée.

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Ce qu’il convient de savoir…

Quittant son house-boat prisonnier du gel, Vernon Gabriel s’est réfugié à l’Angel Music Shop afin d’y expérimenter avec l’aide de Serena Di Sante la lyre jumelle rapportée de Lucques. L’arpeggio oscuro semble avoir poussé Gabriel à surmonter une étrange aversion pour la glace dont il cache le motif, apparemment la clé d’un rituel insolite auquel il s’est livré.

Petit lexique à l’usage des anglicistes timides

- public school : comme son nom ne l’indique pas, établissement privé d’enseignement secondaire
- There with fantastic garlands did she come: C’est là qu’elle est venue avec de fantasques guirlandes
- Of crow-flowers, nettles, daisies and long purples: De renoncules, d’orties, de marguerites et de pourpres longs
- That liberal shepherds give a grosser name: À qui les bergers sans retenue donnent un nom grossier
- But our cold maids do dead men’s fingers call them: Mais nos vierges placides les nomment doigts d’hommes morts
- basement flat: appartement en sous-sol

Galerie d’images

- Ophélie, de Millais