Deux jours s’étaient écoulés depuis la nuit où Gabriel avait rejoint Giancarlo Rezzi à St-John. Il n’avait guère eu le loisir de revenir depuis sur le cours des événements. Le matin qui avait suivi cette rencontre cruciale, un appel d’Antonio Guarneri l’avait cueilli au réveil.

« Dites-moi, monsieur Gabriel, l’avait interpellé l’Italien sur un ton plutôt sec, vous nous avez joliment faussé compagnie, hier soir. Mes partenaires ont bien perdu leur temps à suivre votre ami Delaney en croyant vous pister. S’appeler Gabriel et semer ses anges gardiens, c’est un comble.

— La signorina Di Sante est de retour à Londres, et elle m’a vraiment beaucoup manqué, s’était justifié Gabriel. Je n’avais nul besoin que vos enfants de chœur viennent nous tenir la chandelle.

— Si c’était pour préserver votre intimité, je consens à vous pardonner l’incartade. Veillez cependant à ne pas renouveler ce genre d’imprudence. »

Dont acte. L’avertissement avait été clair. Le Nashville Duke s’était pourtant estimé absous et était passé à autre chose. Il avait aussitôt préparé la suite de ses grandes manœuvres, sans attendre de mesurer les effets de son coup fourré de Chapterham. Quand il se jugea prêt à lancer la seconde phase de sa contre-offensive, il rappela Antonio Guarneri au numéro que celui-ci lui avait confié. Faute d’obtenir, une fois encore, un interlocuteur à qui s’adresser, il laissa un message aussi laconique que possible : « Il faut que je vous voie. J’ai neutralisé Rezzi. Retrouvez-moi ce soir à 8 PM dans les salons du Grantchester. »

Il pleuvait largement autant que l’avant-veille sur l’estuaire de la Tamise quand Vernon Gabriel se rendit à son rendez-vous. Le Granchester, situé sur Portman Square, à quelques pas d’Oxford Street, est un de ces palaces à l’ancienne qui font le charme du quartier rupin de Marylebone. Gabriel s’y était plus d’une fois rendu pour recueillir des interviews. Ses vastes salons plantureux servaient autant à l’agrément de la riche clientèle qu’à la tenue de business meetings de toutes sortes. Il s’y était traité bien des affaires au fond de ses canapés accueillants. Cette enfilade de belles salles lambrissées bruissait à toute heure d’une affluence de buveurs de thé et de brasseurs de sterling. Un endroit suffisamment fréquenté pour se préserver des désagréments d’un traquenard à l’amiable.

Antonio Guarneri se présenta sur place avec une appréciable ponctualité. Très élégant, dans un costume Armani qui parvenait presque à affiner sa silhouette trapue. Gabriel se plut à l’imaginer faisant son entrée avec la redingote anachronique portée par son ancêtre sur le tableau qui lui avait été montré l’autre soir, au pseudo British Institute for Acoustic Studies & Research. L’Italien s’installa en vis-à-vis dans un fauteuil plus qu’enveloppant, commanda un Talisker, fidèle à son goût pour les purs malts d’Islay, et dédia au Nashville Duke une risette aussi affable qu’ironique.

« Il y a foule dans cet endroit, constata-t-il avec son accent chantant. Vous méfiez-vous donc de moi à ce point ?

— J’aurais bien choisi le grand hall de Waterloo Station mais cela eût été moins cosy, persifla Gabriel en retour.

— Ainsi, m’a-t-on dit, vous avez neutralisé ce cher Rezzi ?

— J’y ai été obligé, répliqua Gabriel en accomplissant un effort visible pour se maîtriser. N’y voyez nulle allégeance de ma part. Tout ceci m’irrite au plus haut point, mais je vais m’efforcer de conserver l’usage de mes bonnes manières, monsieur Guarneri, quoi que cela me coûte, tant je ne supporte plus les vôtres. Vos politesses d’assassins m’exaspèrent au plus haut point, vous savez. Ce De Ridder et son éloquence mielleuse jusqu’à la nausée. Votre inaltérable assurance, toujours si policée. Ce Rezzi imbu de ses certitudes. Et cette superbe absence de scrupules qui vous garde à tous un merveilleux sourire aux lèvres. Avoir affaire à des meurtriers aussi avenants est terriblement agaçant, croyez-moi. »

L’environnement mondain de ce salon si bien fréquenté obligeait le Nashville Duke à se contenir. Il avait certainement choisi l’endroit à cet effet.

« Eh bien, constata Guarneri avec son ineffaçable sourire, que de ressentiment…

— Oh, vous n’imaginez pas à quel point je vous en veux de m’avoir plongé dans cette histoire qui ne me concerne en rien. De me contraindre, pour me défendre, à devenir aussi manipulateur que vous. Rien ne me chagrine plus que le plaisir que je vous procure pour avoir sorti Rezzi de la partie.

— Je me ferai une raison de votre désappointement. En revanche, je serais très curieux d’apprendre comment vous vous y êtes pris pour vous débarrasser du monsieur, sans quitter votre magasin ni vous rendre ailleurs que sur votre house-boat. Un tour de force à la Holmes, ma foi.

— C’est que j’ai recouru à une escapade en douce.

— Ah, je vois, soupira Guarneri. Le prétendu rendez-vous galant… Quelle déception pour la signorina Serena… Vous vous êtes bien payé notre tête, décidément.

— J’estime plutôt vous avoir sauvé la mise, quoique bien malgré moi.

— Comment ça ? »

Gabriel se fit un plaisir de raconter comment Rezzi l’avait contacté et lui avait fixé ce rendez-vous à Chapterham qui empestait si fort le guet-apens. Il lui présenta les lieux, lui décrivit le baptistère, et se déclara persuadé que la Loggia avait choisi cet endroit pour se débarrasser d’un coup de tous ceux qu’elle jugeait importuns. Si Gabriel avait rendu compte de l’invitation à Guarneri, ce dernier n’aurait su résister à la tentation d’être de la partie, et serait tombé avec ses acolytes dans le piège qu’on leur tendait.

« Et vous vous êtes donc débrouillé pour tout régler par vous-même ? repartit Guarneri, sceptique. Rezzi n’est pourtant pas homme à se laisser si aisément surprendre. J’ai l’impression que vous cherchez encore à me rouler, monsieur Gabriel.

— Du tout, et j’ai de quoi vous prouver ma bonne foi. »

En même temps, il exhiba une tablette de sa sacoche.

« J’ai tout filmé. Vous allez assister à la chose comme si vous y étiez. »

Tout en lui tendant l’appareil, il lui apprit comment il s’était harnaché ce soir-là. Il portait sous sa veste un enregistreur audio et vidéo. L’objectif de la caméra miniature et le micro étaient camouflés dans un bolo tie que son assistant, expert en la matière, lui avait bricolé spécialement pour l’occasion.

« Et Rezzi n’a pas pris la précaution de vous faire fouiller ? objecta Guarneri.

— Il n’était pas prévu que je lui en laisse le temps. Vous comprendrez mieux en visionnant mon reportage de la soirée. »

Gabriel se livra à une rapide présentation des circonstances. Une fois ses chiens de garde lancés aux trousses de son camarade Delaney, il avait sauté dans un taxi et s’était rendu à Chapterham. Le chauffeur, guère ravi d’effectuer si loin de la City une course aussi tardive, s’était rapidement déridé quand son client lui avait réservé son cab pour la nuit entière, et l’avait rétribué en conséquence. Il n’avait dès lors cessé de lui donner du Your Highness.

Un fantôme de pierre

Il n’avait pas été facile de repérer l’église en question. Elle se dissimulait en fait au beau milieu d’un dédale d’entrepôts, de centres de logistique et de docks. Tout était fermé à cette heure. Personne ne traînait dans le secteur pour les renseigner. Le déluge n’arrangeait pas les choses. St-John The Baptist avait fini par émerger soudain entre deux hangars, à quelques encablures à peine du fleuve. Sa silhouette paraissait particulièrement saugrenue dans le paysage ambiant. On aurait dit un fantôme de pierre surgi d’un passé depuis longtemps refoulé, une dispensable survivance. Ses offices tapageurs ne risquaient pas de perturber le voisinage…

Du dehors, rien n’indiquait qu’il y eut âme qui vive si tard dans l’édifice. Guère désireux de se retrouver trempé jusqu’à la rate, Gabriel se hâta d’escalader l’escalier du porche sans se donner la peine d’inspecter les parages. La porte était entrouverte. Il se glissa à l’intérieur, découvrant une nef chichement éclairée.

« Mais rendez-vous compte par vous-même, je vous en prie. » poursuivit Gabriel à l’intention de Guarneri, le conviant à lancer l’exécution du fichier vidéo.

Son interlocuteur, qui avait renoncé à son attitude narquoise pour adopter un comportement attentif, se saisit de l’écran.

« Inutile de déranger les gentlemen qui nous entourent. Un peu de confidentialité s’impose, étant donné le contenu de ce document. » intervint le Nasville Duke en lui tendant une paire d’écouteurs.

L’autre s’en équipa et consulta l’enregistrement de la scène. Gabriel, de son côté, revoyait celle-ci telle qu’elle s’était déroulée. Il régnait dans le sanctuaire du Rock-Très-Chrétien une atmosphère lourde d’humidité et de catéchisme, chargée de senteurs de vieille pierre, d’encens et de cannabis. L’intérieur ressemblait à un livre d’images pieuses, avec ses pastiches bariolés de pochettes légendaires. Beaucoup auraient apprécié de voir Bowie promu au rang de Messie. Quant à l’intéressé…

Seul le chœur était normalement illuminé. Une lourde silhouette était plantée devant l’autel, faisant face à l’arrivant, semblant l’attendre patiemment. Giancarlo Rezzi avait appuyé ses rondeurs à la table de cérémonie, avec une nonchalance dénuée de respect. Il regardait Gabriel s’avancer dans l’allée centrale, d’un œil hautain typique du personnage. Tout en lui manifestait une arrogance sans gêne, celle que Gabriel prêtait d’habitude aux conducteurs de 4×4 et aux touristes français en vadrouille. Personne n’étant pire à ses yeux que ceux qui cumulaient les deux tares.

Guarneri ne détachait plus ses yeux de la tablette. Soudain, son visage parut se figer. Il sembla s’absorber plus encore dans son visionnage, comme si son esprit s’était focalisé sur quelque chose d’essentiel pour lui. Il resta ainsi plusieurs minutes rivé à l’écran, captivé par ce qu’il voyait. Puis, comme sous l’effet d’une brusque intuition, il stoppa la lecture, se défit de ses écouteurs, se leva sans un mot ni la moindre émotion manifeste et quitta le salon du Grantchester. Gabriel ne parut pas se formaliser de ce départ brutal ni d’un tel manque de courtoisie :

« Je vous attends ici, lança-t-il dans son dos. Prenez votre temps. À tout à l’heure ! »

À quelques pas de là, un homme vêtu de gris jaillit au même instant de son fauteuil, apparemment déconcerté. C’était une sorte de culturiste à crâne rasé, garrotté dans un costume trop étroit pour ses muscles, sans doute un de ceux qu’on avait chargés de surveiller le musicologue d’Islington. Le gaillard chercha à intercepter le regard de Guarneri puis, faute d’instruction explicite, se rassit après s’être assuré que Gabriel demeurait en place. Celui-ci appela un serveur, se fit apporter un club sandwich accompagné d’une bière hors de prix, s’installa tout à son aise devant sa collation, avec l’évidente intention de patienter dans le meilleur confort possible. Quelques minutes plus tard, son téléphone vibra. Ally l’informait que tout s’enchaînait comme prévu.

Trois heures s’écoulèrent. Gabriel tua le temps en surfant sur le Net et en écoutant de la musique. Il savait que Guarneri reviendrait une fois effectué ce qu’il avait de si pressé à faire. Régulièrement, Allister Williamson l’appelait pour le tenir au courant du déroulement de sa mission. Le roadie lui adressa également plusieurs fichiers via Internet, que Gabriel consulta avec une satisfaction visible. À quelques fauteuils de lui, le comparse de l’Italien n’en finissait plus de lire et relire la dernière édition du Financial Times, comme s’il y comprenait quelque chose. Il est des camouflages plus exigeants que d’autres…

Il était plus de vingt-trois heures trente quand Guarneri fit sa réapparition au Grantchester, ainsi que venait de l’annoncer un nouveau coup de fil d’Ally. L’Italien semblait toujours aussi préoccupé. Il reprit place en face de Gabriel et demeura plongé plusieurs minutes dans un insondable abîme de réflexion. Son vis-à-vis ne jugea pas opportun de l’en tirer. Émergeant finalement de ses songes, le Transalpin retrouva l’usage de la parole :

« Ainsi, vous lui avez fait entendre l’arpeggio ?

— À lui et à ceux qui l’accompagnaient, précisa d’emblée Gabriel. Trois de ses coreligionnaires étaient postés dans la pénombre de l’église. Je n’allais pas priver un tel public d’une musique aussi captivante.

— Mais vous-même ? s’enquit Guarneri. Vous vous exposiez comme eux. »

Un chacal ne renonce jamais à mordre

Gabriel avait retenu la leçon de Coldmole Cottage, sur cette autre face de sa vie où il avait piégé De Ridder en l’étourdissant d’un coup d’arpège en traître. Il expliqua qu’au moment de quitter l’abri de son taxi, il s’était bourré les oreilles de boules Quies, se couvrant chaque tympan d’un épais tampon colmaté avec du ruban adhésif et dissimulé sous un bonnet qu’il s’était enfoncé bas sur le crâne. Cela lui ménagea une isolation phonique suffisante.

« Et comment vous y êtes vous pris pour faire retentir ce fichu arpège dans l’église ?

— Quand j’ai appris que Rezzi me fixait rendez-vous dans un endroit de ce genre, je me suis réjouis de l’aubaine. De nos jours, la plupart des lieux de culte possèdent un système de sonorisation. Ma bonne étoile a voulu qu’en plus St-John accueille des groupes de rock évangélique pour rythmer à la dure les hymnes qu’on y entonne. J’ai du coup disposé d’un matériel de première puissance pour mettre en œuvre mon plan. J’ai réalisé avec les précautions nécessaires un enregistrement de l’arpeggio et de son répons, puis j’ai envoyé un ami à Chapterham, à charge pour lui de pirater l’installation et d’ajouter un lecteur numérique doté d’un déclenchement à distance par signal radio. J’avais la télécommande sur moi. Je n’ai pas laissé à Rezzi le loisir de me sanctionner pour n’avoir pas apporté la lyre avec moi. L’arpège l’a estourbi avant.

— Mais il aurait pu vous fixer rendez-vous ailleurs que dans une église…

— J’aurais bien trouvé un moyen de lui faire résonner aux tympans ma petite ritournelle, fiez-vous à moi. Vous me pardonnerez d’avoir coupé quelques scènes au montage : visionner l’intégralité de ce qu’il a fait durant les heures suivantes aurait été fastidieux. Je n’ai conservé que l’essentiel.

— Peut-être aurez-vous l’obligeance, dans ce cas, de m’en présenter un récit plus détaillé. »

Gabriel se prêta à la demande en parodiant un de ces sourires vénéneux dont Guarneri avait la spécialité. Dès que Rezzi s’était trouvé sous l’influence de l’arpège, il avait quitté St-Jean-Baptiste. Gabriel le suivit pour filmer le périple qu’allait lui imposer son doppelgänger. Sa proie monta dans une Rover parquée à proximité. Le Nashville Duke se rua vers son taxi et lança au chauffeur le « Suivez cette voiture ! » que celui-ci désespérait d’entendre depuis qu’il possédait sa licence. La petite procession se rendit ainsi à Leyton, où Rezzi s’arrêta devant une maison mitoyenne de belle taille mais de standing médiocre, plongée dans l’obscurité. Un bâtiment en réfection, en attente de la suite des travaux, un probable nid à squatters. Il y entra comme chez lui en déplaçant le panneau de tôle qui obstruait à peine l’entrée.

« Et vous l’avez suivi pour filmer ce qu’il fabriquait là.

— L’éclairage n’était pas fameux mais ma caméra disposait d’un système de vision nocturne. Je n’en ai pas perdu une miette. Quand Rezzi est ressorti pour regagner Chapterham, j’ai appelé les secours, puis attendu que ceux-ci se déploient sur place pour enregistrer leur intervention. J’ai ensuite repris à mon tour le chemin de St-John. »

Gabriel était revenu au point de départ alors que Rezzi, prostré face à l’autel, émergeait à peine de la torpeur dans laquelle l’avait plongé l’arpège. Seul un de ses sbires avait rejoint l’église à la suite de sa déambulation forcée. Quand le Vénitien eut recouvré ses esprits, il comprit sans mal dans quel piège l’avait fait tomber Gabriel. Il avait cependant besoin de se faire préciser les intentions de ce dernier.

« Je lui ai confié la tablette que vous venez vous-même d’utiliser et lui ai soumis deux extraits de mon modeste reportage. La première scène le montrait entrant dans cette bâtisse de Leyton, le tout dûment estampillé de la date et de l’heure. La seconde présentait la même façade, quarante minutes plus tard, cernée par les gyrophares des véhicules d’intervention. Rien de plus, mais n’était-ce pas assez éloquent ? Rezzi a compris sans mal que son doppelgänger en balade s’était abandonné à un méfait dont il risquait de subir les conséquences. Je lui ai alors servi un petit chantage à ma façon. S’il ignorait totalement ce dont il s’était rendu coupable, du fait de l’amnésie qui entoure les divagations causées par l’arpeggio oscuro, moi, en revanche, j’étais tout à fait au courant, pour en avoir été témoin du premier rang. J’étais en mesure de tout révéler, film à l’appui, et c’en serait alors fini de sa confortable liberté. Je me suis prétendu disposé à garder pour moi le secret de ces événements si en échange il cessait à jamais toute action contre Adrian Di Sante, sa sœur, moi-même et tous ceux qui à l’avenir seraient concernés de plus ou moins près par l’arpège et la lyre, vous y compris. Si j’apprenais que lui ou l’un de ses partenaires de Setalogg continuaient à sévir, je livrerais l’enregistrement à la presse. Il lui revenait d’imposer à ses comparses la trêve à laquelle je l’obligeais.

— Je comprends mieux pourquoi, dans votre message, vous avez employé le verbe neutraliser. Toutefois, tel que je connais Rezzi, il dispose des moyens d’obtenir votre silence en se passant de négocier. Il aurait consenti si docilement aux termes de votre pacte ? Voilà qui m’étonne de lui. Un chacal ne renonce jamais à mordre.

— J’avais déjà pris mes précautions au moment où je lui ai proposé mon cessez-le-feu. Je lui ai appris que j’avais aussitôt envoyé les fichiers vidéo à quelques amis sûrs, à charge pour eux de les divulguer s’il m’arrivait quelque chose de fâcheux.

— Vous me révélez là quelque chose de plutôt dangereux pour vous, monsieur Gabriel, se trémoussa Guarneri. Quelle tentation pour moi ! Je pourrais vous éliminer sans autre forme de procès, ce qui aurait pour résultat immédiat la publication de ces preuves accablantes contre Rezzi. Un moyen parfait de l’abattre. D’une pierre deux coups. »

Le Nashville Duke ne sembla guère impressionné par la menace. Il plissa les yeux de malice et étira un sourire équivoque.

« Je vois. Une telle idée ne m’étonne pas de vous. Mais je pense ne pas m’être exposé à ce point en vous informant, signor Guarneri. Vous semblez oublier une chose. Un oubli tout à fait compréhensible, je le reconnais, étant donné les circonstances. En visionnant l’épisode de St-John, tout à l’heure, vous avez, vous aussi, entendu l’arpège, non ? Je suis comme vous : j’adore les armes à double détente. »

Dans l’épisode suivant

Par un coup double apparemment gagnant, Vernon Gabriel semble avoir effectivement neutralisé les deux adversaires qu’opposait leur faida séculaire, les forçant par chantage à une trêve forcée. Est-ce pour autant la fin de ses problèmes ? Un appel inattendu pourrait bien tout remettre en question, ce qui sera le sujet du prochain épisode : Quelques notes venues d’ailleurs. Rassurez-vous : le dénouement approche.

Laissez-nous vos impressions


− 2 = six

Partagez sur les réseaux sociaux

Ce qu’il convient de savoir…

Giancarlo Rezzi, un des maîtres de la Loge de soie, a fixé rendez-vous à Vernon Gabriel dans une singulière église, afin qu’il lui restitue la lyre du Cénacle. L’endroit, jadis témoin de pratiques abominables, se prête au traquenard. Il semble toutefois que Gabriel ait conçu une stratégie susceptible de le tirer de ce mauvais pas.

Petit lexique à l’usage des anglicistes timides

- business meeting : rendez-vous d’affaires
- Your Highness : Votre Altesse